Chiens dangereux : une loi inapplicable ?

Chiens dangereux : une loi inapplicable ?
D'ici au 31 décembre, les propriétaires devraient se former et faire évaluer le comportementde leur animal par un vétérinaire. Tout cela coûte cher et les professionnels ne sont pas prêts.

Philippe Allain est éducateur canin depuis vingt-cinq ans, à Saint-Malo. Il vient de déposer sa demande d'habilitation pour former les maîtres de chiens dits « dangereux ». Et il s'inquiète.

La loi du 20 juin 2008 impose de nouvelles obligations aux possesseurs de chiens de 1e et 2e catégories (dits « d'attaque », « de garde et de défense »). D'abord, ils doivent justifier d'un bilan comportemental de l'animal effectué par un vétérinaire. Ensuite, ils doivent suivre une formation théorique et pratique de sept heures, dispensée par un professionnel. « Il faut expliquer aux gens que ce type d'animal est un prédateur. Qui cherche à dominer avant tout », explique Philippe Allain. Après la formation, les propriétaires se verront décerner ce permis, obligatoire à partir du 1er janvier.

La loi ne concerne pas que les american staffordshire terrier, rottweilers et tosas. Elle vise aussi tous les chiens mordeurs. Les molosses « dangereux » sont, en règle générale, abattus. Mais les chiens considérés comme les plus « mordeurs » sont... les caniches et les labradors.

330 000 chiens... 200 formateurs

À la Société protectrice des animaux, on estime à 330 000 le nombre de chiens de 1e et 2e catégories en France (3 à 4 % de la population canine nationale). Or, seuls 200 formateurs recevront l'habilitation. Philippe Alain souligne que « toutes les personnes majeures amenées à s'occuper de ces chiens sont censées être formées : le conjoint, mais aussi le voisin si vous lui confiez votre animal ».

La formation coûtera cher. L'Administration n'a pas prévu de terrains. À Saint-Malo, par exemple, « la mairie ne peut pas en mettre un à ma disposition », se désole Philippe Alain. Il devra donc louer un local et augmentera d'autant le coût de sa prestation. La visite chez le vétérinaire est évaluée, en moyenne, à 180 ¤ ; le coût du permis de détention à 500 ¤. Tous les propriétaires n'auront pas le temps ou l'argent pour se payer ce permis. Ils pourront écoper jusqu'à 3 750 ¤ d'amende et trois ans de prison.

Risque d'abandon

« Il y a un risque potentiel d'abandon de chiens dangereux », indique la Direction des services vétérinaires, à Rennes. Les fourrières et la SPA risquent d'être débordées. Quant à l'hypothèse d'animaux divaguant sur la voie publique, elle est alarmante. « Si nous avons réussi à éradiquer la rage, c'est parce qu'on pouvait accueillir les chiens errants », rappelle la SPA.

Le ministère de l'Intérieur affirme que « toutes les instructions ont été données pour agréer, dans les meilleurs délais, les formateurs », mais admet que « leur nombre est, à ce jour, inconnu ». Les décrets d'application n'ont, en effet, été signés que le 1er avril par les ministres de l'Intérieur et de l'Agriculture. Et les préfectures n'ont reçu que le 23 juin une circulaire les incitant à lancer un appel à candidature pour trouver des formateurs. Les vétérinaires, les éducateurs canins, la SPA et d'autres professionnels réclament le report d'un an de l'application de la loi.

Quelques chiffres

Dans l'Ouest. En Ille-et-Vilaine, 120 chiens « mordeurs » ont été signalés en 2008 et 104 depuis le 1er janvier. À Rennes, on recense 537 chiens de 1e et 2e catégories. Dans le Calvados, la préfecture de Caen comptabilise 3 121 chiens de 1e et 2e catégories.

Formateurs. Neuf demandes d'habilitation de formateurs ont été déposées à ce jour, en Ille-et-Vilaine. La préfecture du Finistère vient d'agréer cinq professionnels.

En France. Tous les mordus ne portent pas plainte. La majorité des attaques se déroulent dans la famille ou le voisinage. Plus de 300 000 accidents sont signalés par an. 66 % impliquent des enfants. On déplore une vingtaine de morts depuis 2000.
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# Posté le samedi 05 septembre 2009 09:51

Kaya rottweiler condamnée à mort

Retour sur un fait de 2002, Kaya rottweiler condamnée à mort puis sauvée grâce à une forte mobilisation et la SPA de Sarrebourg.


# Posté le samedi 21 mars 2009 11:04

La crise économique touche aussi les animaux

Le chien, nouveau produit de luxe ?

Employée de la SPA, Emeline s'occupe tous les jours de chiens abandonnés comme Roxy.
La crise n'épargne aucun secteur. Et depuis quelques mois, même le meilleur ami de l'homme est touché...

Avoir un animal de compagnie est devenu un luxe. Et visiblement, tous ne peuvent se l'offrir... Depuis la fin de l'année 2008, la société protectrice des animaux de Chambéry (SPA), qui couvre quelque 120 communes, a constaté une recrudescence du nombre d'abandons d'animaux de compagnie. Les chiens sont en première ligne, car ils coûtent trop cher à leur maître. Selon Géraldine, employée de la SPA, « il faut compter entre 15 et 50 euros de nourriture par mois pour un chien », en fonction de sa taille. « Et bien entendu, il faut également avoir un budget de côté pour les frais vétérinaire, pour les vaccins et les problèmes de santé éventuels de l'animal.» Avoir un chien à la maison est bel et bien devenu un luxe. Tant et si bien que la SPA de Chambéry affiche aujourd'hui complet et ne peut plus accueillir de nouveau chien. « Nous en avons actuellement 49, et plusieurs demandes d'abandon en attente... » Déplore Nadine, également employée par le refuge animalier.
Les gros chiens en première ligne
Parmi les animaux de compagnie recueillis par le refuge, les chiens de moyenne et grande taille occupent la quasi-totalité des enclos (plus de 90%), et sont devenus très difficiles à placer. « Le coût d'entretien des gros chiens est plus important en termes de nourriture et ils vieillissent plus vite, donc vont coûter plus cher en frais vétérinaire. Et quand on sait que le coût d'une anesthésie varie en fonction du poids de l'animal...» Pour Géraldine, il sera difficile de faire adopter les vieux chiens du refuge, à l'image de Roxy. Ce rottweiler de 9 ans réside à la SPA depuis près d'un an, et a peu de chances de trouver un nouveau maître, d'autant que les contraintes sont de plus en plus importantes pour acquérir les chiens de deuxième catégorie.

La crise également chez les éleveurs

Eleveur de labradors et de golden retriever à Montagnole, Dominique Quay a lui aussi senti les conséquences de la crise, dans une certaine mesure. « Pour nous, éleveurs, la crise n'est pas arrivée il y a 6 mois, mes ventes ont commencé à baisser en 2006. Entre 2005 et 2008, j'ai vendu deux fois moins de chiots (68 en 2008) alors que leur prix n'a pas bougé depuis 20 ans ». Pour l'éleveur, le contexte économique a forcément des répercutions, et si les familles n'abandonnent pas leur animal de compagnie, elles ne le remplaceront pas à sa mort. Mais la crise n'est pas seule en cause. Pour lui, il y a un véritable changement de société qui fait que, notamment, les personnes âgées ne restent pas sédentaires et n'achètent du coup pas de chien. Et du coup, plusieurs chiens « invendus » grandissent au sein de l'élevage de Dominique Quay, en attendant de trouver un maître.

# Posté le samedi 21 mars 2009 10:00