Philippe Allain est éducateur canin depuis vingt-cinq ans, à Saint-Malo. Il vient de déposer sa demande d'habilitation pour former les maîtres de chiens dits « dangereux ». Et il s'inquiète.
La loi du 20 juin 2008 impose de nouvelles obligations aux possesseurs de chiens de 1e et 2e catégories (dits « d'attaque », « de garde et de défense »). D'abord, ils doivent justifier d'un bilan comportemental de l'animal effectué par un vétérinaire. Ensuite, ils doivent suivre une formation théorique et pratique de sept heures, dispensée par un professionnel. « Il faut expliquer aux gens que ce type d'animal est un prédateur. Qui cherche à dominer avant tout », explique Philippe Allain. Après la formation, les propriétaires se verront décerner ce permis, obligatoire à partir du 1er janvier.
La loi ne concerne pas que les american staffordshire terrier, rottweilers et tosas. Elle vise aussi tous les chiens mordeurs. Les molosses « dangereux » sont, en règle générale, abattus. Mais les chiens considérés comme les plus « mordeurs » sont... les caniches et les labradors.
330 000 chiens... 200 formateurs
À la Société protectrice des animaux, on estime à 330 000 le nombre de chiens de 1e et 2e catégories en France (3 à 4 % de la population canine nationale). Or, seuls 200 formateurs recevront l'habilitation. Philippe Alain souligne que « toutes les personnes majeures amenées à s'occuper de ces chiens sont censées être formées : le conjoint, mais aussi le voisin si vous lui confiez votre animal ».
La formation coûtera cher. L'Administration n'a pas prévu de terrains. À Saint-Malo, par exemple, « la mairie ne peut pas en mettre un à ma disposition », se désole Philippe Alain. Il devra donc louer un local et augmentera d'autant le coût de sa prestation. La visite chez le vétérinaire est évaluée, en moyenne, à 180 ¤ ; le coût du permis de détention à 500 ¤. Tous les propriétaires n'auront pas le temps ou l'argent pour se payer ce permis. Ils pourront écoper jusqu'à 3 750 ¤ d'amende et trois ans de prison.
Risque d'abandon
« Il y a un risque potentiel d'abandon de chiens dangereux », indique la Direction des services vétérinaires, à Rennes. Les fourrières et la SPA risquent d'être débordées. Quant à l'hypothèse d'animaux divaguant sur la voie publique, elle est alarmante. « Si nous avons réussi à éradiquer la rage, c'est parce qu'on pouvait accueillir les chiens errants », rappelle la SPA.
Le ministère de l'Intérieur affirme que « toutes les instructions ont été données pour agréer, dans les meilleurs délais, les formateurs », mais admet que « leur nombre est, à ce jour, inconnu ». Les décrets d'application n'ont, en effet, été signés que le 1er avril par les ministres de l'Intérieur et de l'Agriculture. Et les préfectures n'ont reçu que le 23 juin une circulaire les incitant à lancer un appel à candidature pour trouver des formateurs. Les vétérinaires, les éducateurs canins, la SPA et d'autres professionnels réclament le report d'un an de l'application de la loi.
Quelques chiffres
Dans l'Ouest. En Ille-et-Vilaine, 120 chiens « mordeurs » ont été signalés en 2008 et 104 depuis le 1er janvier. À Rennes, on recense 537 chiens de 1e et 2e catégories. Dans le Calvados, la préfecture de Caen comptabilise 3 121 chiens de 1e et 2e catégories.
Formateurs. Neuf demandes d'habilitation de formateurs ont été déposées à ce jour, en Ille-et-Vilaine. La préfecture du Finistère vient d'agréer cinq professionnels.
En France. Tous les mordus ne portent pas plainte. La majorité des attaques se déroulent dans la famille ou le voisinage. Plus de 300 000 accidents sont signalés par an. 66 % impliquent des enfants. On déplore une vingtaine de morts depuis 2000.